Le « Hilun hi kôba », l’ancêtre de la guitare moderne

Il est en même temps instrument et rythme mystico-traditionnel. Il se joue uniquement après avoir subi plusieurs rites d’initiation. Et plusieurs apprenants en ont payé de leur vie.

L’Afrique n’a pas été que consommatrice depuis la nuit des temps. Bien qu’on pense aujourd’hui que tout miracle vient de l’occident, il faut reconnaître en nos aïeux, la paternité de plusieurs choses existantes. Parmi lesquelles : la guitare. Combien savent que l’ancêtre de la guitare moderne vient d’Afrique. Très peu. Et en majorité, les africains. Cet ancêtre de la guitare se nomme le  Hilun hi kôba encore appelé Hilun Bassa’a ou simplement le Hilun.

En langue locale, le Hilun bassa’a (Hilun hi kôba ou Hilun) signifie la corde de la forêt. Dans le  Nord-ouest, il est appelé le « Wum land ». Cet instrument de musique appartient à la famille des cordophones. Cette guitare date de l’époque précoloniale. Reconnue comme ancêtre de la guitare moderne, elle (la guitare) a été révélée au grand public par Emiza Pod, femme de culture et enseignante de ce rythme (le Hilun est aussi un rythme musical) dans une université de Bangalore dans l’Etat de Karnataka en Inde. Ce qui lui avait valu le premier prix de la recherche au Jersic et le prix de l’excellence régionale dans la région du Littoral en 2008. Dans le souci de faire connaître le Hilun par un public mondial, Emiza Pod l’a fait protéger à l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (Oapi). « C’est une façon pour moi de le démystifier et de le populariser. Même s’il continue de garder sa puissance mystique », avoue-t-elle.

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Le Hilun est fait à partir d’un bois éventré, d’une pièce de contreplaqué, de fils de fer barbelés, de six lianes  de rotin et des cordes de jute. Cette guitare, dans la mythologie locale, proviendrait d’un génie des eaux. Car, l’instrument et le rythme étaient joués, apprend-on des initiés, par les esprits de l’eau. « Des femmes étaient allées faire une partie de pêche à la rivière. Au cours de cette partie, l’une d’elles a pêché un esprit qui jouait des notes du Hilun. Dès que l’esprit a touché la terre ferme, il a disparu en abandonnant son instrument. Après plusieurs hésitations, l’une des femmes a ramassé l’instrument et l’a remis aux hommes après son retour au village », raconte Isabelle Adiang dit Emiza Pod. Et de continuer : « Avant de remettre cette guitare, elle a aussi essayé de reprendre les notes de musique du génie. Et les hommes ont décidé de pérenniser les notes jouées successivement par l’esprit et la femme ». Doté d’une puissance surnaturelle, le Hilun bassa’a n’est joué que par des initiés. Actuellement au Cameroun, Emiza Pod et Mongo Mbea, formés par le feu Joseph Madeng, sont les seuls joueurs de cet instrument encore en vie.

Dans un documentaire réalisé, il y a quelques années sur le hilun, par Mongo Mbea, il ressort que l’initiation au jeu d’hilun pouvait durer sept à vingt-cinq ans. Pour parvenir à sa fin, il fallait subir des rites et des épreuves mystico-religieuses. Et pour passer d’une étape initiatique à une autre, « il fallait jouer une des notes de la guitare. Ceux qui réussissaient à jouer exactement les notes comme avait joué le génie, mourraient. C’est comme cela que plusieurs en ont payé de leur vie », explique Emiza Pod. Malgré le fait qu’il conserve encore toute sa valeur mystique, le Hilun bassa’a ou Hilun hi kôba est de plus en plus fabriqué et le rythme est vulgarisé au sein de la jeune génération à travers des supports audio et vidéo à l’instar du maxi single d’Emiza Pod produit en 2011 et intitulé « Kal Bo’o » (qui signifie « Dis leur » en langue bassa).

Frank William Batchou

frankwilliam

Frank William Batchou est un journaliste de formation. Après avoir exercé dans plusieurs médias camerounais (Le Messager, Emergence, Show Mag, Crtv Littoral, Site-Dar Fm…), il s’est très vite reconverti, au vu de l’évolution, dans le blogging et du digital depuis 2008. Il a géré la communication du projet #Wikivillages de Wikipédia, la communication digitale du programme TV « Yellow Times » de MTN Cameroon, le label de production et management LMC Prod, le social media du magazine culturel Show Mag. En 2016, il rejoint en qualité de Social Media Manager, HAVAS AFRICA CAMEROUN, la filiale du groupe HAVAS Media, l’une des quatre plus grandes agences de communication dans le monde. Et depuis 2019, il gère le département digital de l’agence en qualité de Digital Manager. Frank William est également auteur du recueil de nouvelles « MAPANES : L’âme d’un aventurier » (commandez la version numérique ou physique à 2500 FCFA) et co-founder de F Square Corporation, une structure exerce dans le secteur du management, édition et production artistique, promotion sportive…

14 réflexions sur “Le « Hilun hi kôba », l’ancêtre de la guitare moderne

  • avril 4, 2017 à 3:01
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    Edifiant ! Franky, pourquoi avoir opté pour l’italique?

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    • avril 4, 2017 à 3:02
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      Je viens de le réaliser en réalité. Je corrige Monique Ngo Mayag Merci beaucoup !

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  • avril 4, 2017 à 3:14
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    super article mais je n ai pas vu cet instrument dans le catalogue du musée nationale. Tu as pris la photo où?

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  • avril 4, 2017 à 3:15
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    Les autorités camerounaises en charge du patrimoine n’aiment pas faire les recherches. Ils attendent tout sur place. Je l’ai faite chez Emiza Pod qui intervient dans mon billet

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    • avril 4, 2017 à 4:08
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      hum tu sais qu un symposium sur le patrimoine culturel s’est ouvert aujourd’hui?

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      • avril 4, 2017 à 4:09
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        Elsy Elsa Non. Je ne suis pas au courant de ça. Ils ont communiqué dessus ? A moins que ce ne soit un moyen pour consommer les budgets en souffrance

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        • avril 4, 2017 à 4:11
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          Elsy Elsa la presse de YAOUND2 A COUVERT

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  • avril 4, 2017 à 4:47
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    Merci pour la découverte mbom. Désormais je connais le hilun bassa’a

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